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Le plan logement d’Emmanuel Macron

Emmanuel Macron et le logement : bon ou mauvais plan ?

Le plan logement d'Emmanuel Macron
Crédit photo : Pixabay

Le meilleur plan logement : le Guide pratique de l'achat immobilier

En déplacement à Toulouse, le 11 septembre, Emmanuel Macron a dévoilé les grandes lignes de sa politique en faveur du logement. Une intervention attendue par tous les professionnels de l’immobilier, inquiets quant à l’avenir du secteur.

Au cœur de sa campagne présidentielle, Emmanuel Macron a multiplié les contradictions sur le thème de l’immobilier : cap illisible, incohérences, etc. Une fois élu président, la création d’un Ministère de la Cohésion des territoires était porteuse d’espoir. On pouvait enfin se prendre à rêver d’une politique innovante avec un vrai cap, clair et ambitieux.

Que penser du plan logement de monsieur Macron ?

Pour faire court, c’est la déception totale. Non seulement le cap est toujours aussi flou, mais on peut légitimement se demander si ce gouvernement a jamais eu la volonté d’esquisser une politique du logement digne de ce nom.

Dès cet été, les signes indiquant que la montagne allait accoucher d’une souris se précisaient. Comment peut-on, en effet, prétendre à la mise en place d’une ambitieuse réforme du logement quand, dans le même temps, on rabote les APL de 5 euros par mois ? Cette baisse représente une économie de 32,5 millions d’euros mensuels pour l’Etat, soit 97,5 millions pour le budget 2017.

Revenant sur cette baisse, Edouard Philippe déclarait sur RMC, le 24 août dernier : « Evidemment que ce n’est pas intelligent (…) On est arrivés en mai et, si on voulait pouvoir verser les APL, il a fallu prendre cette mesure ».

Quel message envoie la déclaration du Premier ministre ? Les observateurs se sont focalisés sur la première partie, celle où il est question d’intelligence, manquant le principal enseignement de cette explication en forme d’aveu. Ainsi, selon monsieur Philippe, cette mesure n’était pas intelligente, mais indispensable pour pouvoir verser les APL. Sommes-nous à ce point (97,5 millions d’euros) à court de trésorerie ? Edouard Philippe nous rejoue-t-il la partition de François Fillon, alors Premier ministre de Nicolas Sarkozy, déclarant, à peine nommé à Matignon, que la France était un Etat en faillite ? C’était il y a dix ans, presque jour pour jour.

Autrement dit, il n’existe aucune marge de manœuvre budgétaire pour financer un quelconque plan logement puisque nous sommes à 97,5 millions d’euros près. C’est cela le cœur du message et c’est inquiétant.

Plus de logements d’urgence

Alors, oui, le plan logement de monsieur Macron projette la création de 50.000 places supplémentaires de logements d’urgence afin de remplacer les nuits d’hôtels, jugées dispendieuses par le nouveau président. Vouloir sortir les gens de la rue et, finalement, de la misère, est certes louable, mais, encore une fois, cette position se heurte à une contradiction de taille. Emmanuel Macron affirme sa volonté de mobiliser tout le monde « pour sortir 100.000 Françaises et Français d’un logement très précaire, les mettre dans un parcours, et avoir, aussi, plus de travailleurs sociaux ». Quelle est la logique de vouloir placer des gens dans un parcours d’insertion et d’en sortir d’autres en supprimant des milliers de contrats aidés, dont le principe est, justement, de permettre l’insertion de personnes en équilibre social précaire ? C’est complètement incohérent.

Mettre l’accent sur le logement social

Emmanuel Macron déclare encore : « Nous allons faire baisser les prix dans le parc social, avoir un effort davantage tourné vers le parc HLM, (…) et construire davantage dans le parc intermédiaire et dans le [secteur] libre, dans les zones tendues, pour que nous puissions sortir les Françaises et les Français du logement social lorsque [leurs revenus] dépassent les plafonds ». Il ajoute vouloir « faire tourner davantage le parc social en faisant entrer beaucoup plus de monde et activer une politique de baisse des prix ».

En clair : des ménages forcés de quitter le parc social libéreront de la place pour de nouveaux bénéficiaires. Ce qui suppose que les ménages sortants soient capables de faire face aux loyers, élevés, du parc immobilier privé. Cet objectif financier, hors de leur portée, les plongera, au mieux, en situation de précarité financière (loyers trop élevés) ou, plus vraisemblablement, les jettera à la rue. Retour à la case départ.

Baisser les prix du logement social

Réduire les loyers des logements sociaux n’est pas une mauvaise chose en soi, si ce n’est que les OPHLM seront contraints de piocher dans leur trésorerie afin de soutenir cette mesure. Autant d’argent en moins en vue de financer de nouvelles constructions. Nous ne sommes pas à une incohérence près.

Résumons : après avoir réduit l’APL de 5 euros mensuels et demandé aux propriétaires de lui emboîter le pas, monsieur Macron demande cette fois aux bailleurs sociaux de revoir leurs prétentions financières à la baisse. Sa politique est simple : il programme des baisses et ce sont les autres qui régalent.

Libérer la construction dans le parc libre

Selon Emmanuel Macron, le pays est bloqué par une surréglementation et « des normes qui relèvent de très bons sentiments », mais responsables du manque de constructions. C’est pourquoi monsieur Macron veut « libérer » la construction dans le parc libre grâce à « une réduction des normes environnementales et sociales » afin d’obtenir « une production massive » de logements neufs en quelques années.

Remettre en question toutes les normes, en particulier celles touchant à l’environnement et au social, serait une régression complète voire une grave erreur stratégique à long terme.

Les normes environnementales

En être encore à polémiquer sur les bienfaits de la RT 2012 alors que la RT 2020 arrive à grands pas est contreproductif. N’est-il pas préférable de se tourner vers l’avenir au lieu de ressasser les vieilles lunes réglementaires ?

Le candidat Macron proposait, dans son objectif n°4, la rénovation de logements anciens, qualifiés de passoires énergétiques. Est-ce logique de faire la chasse aux passoires énergétiques d’un côté tout en remettant en question les normes environnementales de l’autre ? Ne devrions-nous pas tendre vers plus de logements à énergie positive et, surtout, éviter de fabriquer de nouvelles épaves énergétiques ?

Qu’en pense monsieur Hulot qui, le 6 juillet dernier, déclarait vouloir mettre fin à la vente de véhicules à moteurs essence et diesel d’ici à 2040 ? En supposant que cet objectif soit atteint, il ne faut pas être grand clerc pour comprendre que les besoins en consommation électrique exploseront afin de permettre les recharges des véhicules, alors 100% électriques. Nous serons dès lors confrontés à deux choix. Soit nous devrons produire plus d’électricité, ce qui paraît peu réaliste tant la filière nucléaire semble s’enliser dans la construction de nouvelles centrales. Soit nous devrons économiser de l’énergie sur d’autres secteurs par effet de compensation, par exemple en rendant les logements plus performants et autonomes… ce qui sera impossible si on revoit les normes environnementales à la baisse. Décidément, la cohérence n’est pas le point fort de cette équipe dirigeante.

Les normes sociales

Autre erreur monumentale, l’accessibilité aux PMR qui, jugés responsables, en partie, de la hausse des coûts constructifs, seront confinés aux seuls rez-de-chaussée. Emile de Giradin disait « Gouverner, c’est prévoir ». Force est de constater que les dirigeants politiques se suivent et se ressemblent tant ils ne prévoient rien hormis leurs petites carrières. En plus d’être discriminante, cette révision sociale ne tient pas du tout compte de la nécessité de concevoir des logements évolutifs prenant en compte le vieillissement naturel et sa ribambelle de problèmes physiques. En quelque sorte, ceux de nos concitoyens vieillissant mal auront le choix entre déménager, s’ils le peuvent, ou subir les contraintes d’un logement inadapté à leur nouvelle situation physique. Quelle détestable perspective…

Conclusion

Emmanuel Macron a précisé à Toulouse que les détails de son plan logement seraient dévoilés plus tard. On pourrait penser que quatre mois après son élection, les détails seraient de la partie, mais nous en sommes toujours au stade du brouillon d’écolier. Manque de clarté, incohérences, zéro cap : ce gouvernement a-t-il seulement un objectif précis en tête ou compose-t-il au gré des vents sondagiers ?

Il est troublant que monsieur Macron, adepte du langage de vérité et du pragmatisme, ne voit pas l’évidence. Tout semblait pourtant bien parti avec la création du Ministère de la Cohésion des territoires. Enfin, un homme politique visionnaire qui souhaitait en finir avec l’Etat jacobin en redéployant l’activité dans toutes les régions ! Régions où des millions de logements vides n’attendent que d’être occupés par 80% des cadres parisiens rêvant de fuir la capitale, selon l’enquête de cadreemploi.fr. Pour être pragmatique, monsieur Macron, n’est-il pas plus intelligent de rapprocher les gens des logements vides en soutenant la redynamisation des régions plutôt que de bétonner toujours plus les zones tendues ? Les zones tendues ne le sont-elles pas, justement, parce que les politiques successives de désertification rurale ôtent toutes perspectives aux populations alors contraintes de rejoindre une zone tendue pour travailler ? Vous pourrez bétonner tout le paysage, il n’y aura jamais assez de constructions tant que l’activité sera concentrée en quelques points. Pour la cohésion des territoires, on repassera. Jetez un oeil du côté suisse si vous êtes en mal d’inspiration.

Bref, la politique autrement, ce n’est pas pour tout de suite, a priori, et certainement pas en ce qui concerne le dossier du logement. Sans doute devrons-nous attendre que cette équipe dirigeante, ou la suivante, soit plus inspirée par le sujet pour assister à une véritable réforme du logement. En attendant, comme le disent Suisses et Savoyards, nous ne sommes pas déçus en bien.


Le meilleur moyen de ne pas être déçu est de ne jamais compter sur l’Etat. Pour vos projets immobiliers, ayez le bon réflexe. Et si vous souhaitez prendre contact avec l’auteur de cet article, c’est ici.

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Article présenté par

Entrepreneur et artisan depuis 15 ans, Laurent Criado est également fondateur du magazine leguideimmobilier.com et auteur du Guide pratique de l’achat immobilier et du Guide pratique anti-cambriolage.

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