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L’Opération Tranquillité Vacances (OTV) : remède miracle ou poudre de perlimpinpin ?

OTV, la grand-messe estivale aurions-nous pu titrer. Comme chaque été, les cambriolages reviennent sur le tapis et chacun s’en inquiète avant de préparer sa serviette pour la plage. C’est au même moment que l’OTV fait la une de tous les médias en étant présentée comme la parade absolue aux cambriolages. Est-elle vraiment efficace ? C’est ce que nous avons cherché à découvrir.

Petite mise au point sur les cambriolages

On entend souvent le même son de cloche concernant le fameux pic de cambriolages enregistré en été. La situation est un peu plus nuancée quand on prend la peine d’étudier les chiffres. Rien n’est plus parlant qu’un tableau reprenant les cambriolages commis ces trois dernières années pour saisir l’ampleur du fléau.

Sur ces trois dernières années, on constate que les mois de décembre et novembre sortent nettement du lot. Août et janvier figurent également en bonnes positions. Finalement, les autres mois évoluent dans un mouchoir de poche.

Conclusion : si l’été est une période à risque, le risque est moindre qu’en fin d’année. En outre, le risque reste important toute l’année, OTV ou pas.

Chaque personne engagée dans une réflexion de protection de son logement peut (doit) donc garder ceci à l’esprit : le danger est réel toute l’année, pas seulement en été.

L’OTV traduit-elle la démission de l’Etat ?

Le point crucial dans cette opération, jamais évoqué par ceux supposés nous informer, concerne le rôle de l’Etat. La sécurité des biens et des personnes est une fonction régalienne. Partant de ce principe, il est plus qu’étonnant qu’un citoyen s’absentant de son logement, pour ses vacances par exemple, soit obligé de se déclarer auprès des forces de l’ordre afin qu’elles patrouillent plus fréquemment dans son secteur.

Question : les forces de l’ordre ne devraient-elles pas veiller sur tous les biens, sans exception, toute l’année, sur tout le territoire, sans avoir besoin de votre consentement ? Le principe a de quoi surprendre. Sans compter qu’il s’agit d’une démarche liberticide, car les citoyens acceptent de fait une restriction accrue de leurs libertés individuelles en autorisant leur mise sous surveillance… Kafkaïen.

En quoi consiste l’OTV ?

Au-delà de la communication massive dont bénéficie l’opération, on ne sait pas trop. Tantôt elle fait bénéficier de « patrouilles quotidiennes », qui se transforment en « passages fréquents » dans le même document promotionnel. Dans un autre document, « Il s’agit d’un service de sécurisation mis en œuvre par la police et la gendarmerie au bénéfice de ceux qui s’absentent pour une certaine durée ».

Le fait est que, dans l’esprit des gens, il y a une compréhension fantasmée de l’opération, savamment entretenue par l’Etat qui laisse chacun interpréter l’OTV à sa sauce. Soyons clairs. Aucun gendarme ou policier n’assurera la défense active de votre logement. Des patrouilles aléatoires seront organisées, ou pas, pour patrouiller dans votre secteur, faire éventuellement le tour de votre logement et vérifier qu’il n’a pas été l’objet d’une effraction. Auquel cas vous serez prévenu. Ni plus, ni moins.

Quant à obtenir la garantie que des patrouilles passeront pendant votre absence, vous rêvez éveillé.

L’info qui dérange

Entendu de mes propres oreilles dans un commissariat. Un policier déclarait  à une victime de cambriolage que s’inscrire à cette opération était illusoire. Au moment où environ un tiers des effectifs sont en vacances, ajouté au manque chronique de personnel, l’opération relevait, pour ce policier, de la communication pure et dure.

Il expliquait qu’en fonction d’autres missions jugées plus prioritaires, les équipages pouvaient ne visiter aucun bien si les événements ne le permettaient pas. C’était avant les attentats du Bataclan. On peut donc facilement imaginer que la menace d’attentats mobilise toujours plus les forces de l’ordre et relègue l’OTV en fin de classement dans la hiérarchie des priorités.

Démonstration par les chiffres que l’OTV est inefficiente

En s’intéressant aux chiffres et aux effectifs des forces de l’ordre, les limites de cette opération se révèlent clairement. Sachez qu’il n’est pas simple de trouver les chiffres des effectifs des forces de l’ordre en France. Après moult recherches et croisements d’informations, les voici :

Police Nationale : environ 145.000

Gendarmerie Nationale : environ 98.000

Police Municipale : environ 22.000

Soit un total de 265.000 personnes. Ce chiffre comprend toutes les fonctions exercées, pas uniquement les unités présentes sur le terrain. En comptant un tiers des effectifs en vacances pendant l’été, et en partant du principe que les équipages sont composés de 3 personnes, ce sont donc 58.300 équipages, au maximum, qui pourraient patrouiller.

Si chaque équipage visite dix logements pas jour, ce qui est considérable, et si on compte 15 minutes par logement hors trajet entre chacun, c’est donc un potentiel de 583.000 logements visitables quotidiennement. Tout en sachant que les chiffres des équipages disponibles sont optimisés puisque comptabilisant tous les effectifs des forces de l’ordre y compris ceux qui ne sont jamais présents sur le terrain et que nous raisonnons en moyenne nationale. Dans les territoires ruraux à faible densification, les temps de trajets plombent la moyenne de 10 logements par jour, sauf à y consacrer, au minimum, 4 heures par jour. Nous y reviendrons plus tard.

Si on rapproche ce potentiel de visites au nombre de ménages français, 28.5 millions, et à leurs projets de vacances estivales, ça bloque. Selon les sondages, entre la moitié et les deux tiers des sondés déclarent partir l’été. Cela donne un chiffre compris entre 14.25 et 18.81 millions d’estivants et autant de logements vides pendant l’été. Certes, pas tous en même temps, mais à rapprocher du potentiel des 583.000 visitables par les forces de l’ordre chaque jour.

On ne peut voir dans cette opération rien d’autre que des effets d’annonce car, techniquement et humainement, il est impossible pour les forces de l’ordre de surveiller tous les logements.

Si le Ministère de l’Intérieur souhaite apporter des corrections à mes observations ou tenter de me prouver que j’ai complètement tort, je suis tout ouïe. Je n’ai pas peur de débattre du sujet et tout élément qui l’enrichira sera publié. Pourquoi pas un plateau télé en direct ?

Quelles sont les études sérieuses portant sur l’efficacité de l’opération ?

Si l’Etat disposait d’une étude sérieuse irréfutable sur l’efficacité de l’opération, il n’hésiterait pas à la communiquer à grande échelle comme il sait si bien le faire y compris pour des sujets de moindre importance. Son silence est l’aveu même de l’inefficacité du dispositif. En revanche, il n’hésite pas à utiliser un discours de camelot bien rôdé vantant les mérites de l’opération et même à préconiser des conseils dangereux pour vous faire croire qu’il veille sur vous :

  • Un argumentaire fallacieux.

Pour attester de l’efficacité de l’opération, il est toujours mis en avant, par une mairie ou une brigade (police ou gendarmerie) le fait que 100 % des personnes inscrites n’ont pas été cambriolées. Deux observations à ce message :

  1. Rien ne prouve un lien de cause à effet avec l’OTV
  2. Si cette opération est si efficace, proche des 100% (admettons), cela veut-il dire que les centaines de milliers de logements annuels cambriolés l’ont été car ils n’ont pas bénéficié d’une attention particulière des forces de l’ordre ?
  • L’opacité des chiffres

Pourquoi le nombre de logements surveillés annuellement au niveau national n’est-il pas communiqué ?

Parce que cela montrerait la faiblesse du dispositif et la poudre aux yeux que constitue l’OTV.

Pourquoi ne nous donne-t-on pas le nombre de flagrants délits que permet l’opération ?

Parce que la probabilité pour une patrouille de tomber sur un cambrioleur en train de commettre son forfait est infinitésimale.

  • Une information orientée

Comme nous avons vu précédemment qu’il est impossible pour les forces de l’ordre de surveiller tous les logements, cela s’appelle de l’enfumage. Etatique et médiatique car c’est de la diffusion d’informations incomplètes et orientées, avec lesquelles on cherche à persuader les masses que tout est sous contrôle. Pure propagande avec la complicité bienveillante des médias.

  • Un travestissement de la réalité

Tous les documents officiels, relayés par des policiers, gendarmes et massivement repris par la presse conseillent de faire vivre votre logement pour simuler une présence. Deux remarques :

  1. Si la présence humaine suffisait à éviter un cambriolage, comment expliquer qu’un tiers des cambriolages sont commis en présence des occupants ?
  2. C’est oublier un peu vite que la présence humaine est le but ultime d’une catégorie de cambriolages en pleine explosion : les cambriolages violents. Ce type de cambrioleurs a besoin de votre présence pour vous extorquer carte bancaire et code secret, quitte à vous rejouer une séance de torture moyenâgeuse.

Ne pas le dire à la population n’empêchera pas les criminels de continuer. En revanche, la population maintenue dans l’ignorance ne fera rien pour s’en préserver. C’est une forme de non-assistance à personne en danger. On criminalise les automobilistes qui auraient l’audace de rouler à 90 km/h au lieu de 80 km/h et on laisse prospérer les barbares…

L’avocate Samia Maktouf a déposé une plainte contre l’Etat début juin 2018 pour non-assistance à personnes en péril, pour faire la lumière sur la non-intervention de militaires de l’opération Sentinelle lors du carnage du Bataclan. Dans le cadre de cambriolages violents, l’Etat désinforme la population en minimisant ou en cachant sciemment la gravité et la dangerosité des faits. C’est intentionnel et caractérisé.

  • Un conseil dangereux

Dans l’optique de faire vivre votre logement, les autorités conseillent de faire ouvrir vos volets en journée pour simuler une présence.

C’est un conseil irresponsable. Les contrats d’assurance vous obligent à actionner tous les moyens de fermeture de votre logement pendant des absences prolongées (supérieures à 24 heures ou la nuit). Donc, si vous n’avez pas interrogé votre assureur et obtenu son accord écrit sur la possibilité d’agir de la sorte, vous risquez une minoration, voire la déchéance, de la garantie vol pour cause de non-respect de vos obligations contractuelles. Prodiguer ce pseudo-conseil est donc très grave, surtout venant de la part des forces de l’ordre censées assurer votre sécurité. Le relayer témoigne de l’incompétence manifeste de certains journalistes. J’avais d’ailleurs rédigé un article consacré à ce seul mauvais conseil.

Quelle est la mission des forces de l’ordre ?

La mission des forces de l’ordre est d’assurer la sécurité des biens et des personnes. On peut donc se demander si l’OTV entre dans le champ de cette définition. Le temps consacré chaque jour par les équipages pour constater une effraction, une mission de gardiennage, est-il bien utilisé dans l’intérêt du plus grand nombre ? Certaines mairies ou brigades témoignent du fait que plus de 4 heures par jour sont consacrés à l’OTV. C’est considérable et contreproductif. Pendant que les équipages sont occupés par la visite d’un logement ne manquent-ils pas ailleurs pour prévenir des vols avec violences, des agressions, des braquages, de la surveillance et des interpellations dans des quartiers difficiles ? On peut se poser la question.

Les forces de l’ordre peuvent-elles endiguer, à elles seules, les cambriolages ?

Regarder les cambriolages à travers le seul prisme des forces de l’ordre, c’est faire abstraction de la globalité du problème et ne pas le traiter dans son ensemble. Cet ensemble inclut la justice. C’est là que le bât blesse car c’est le maillon faible. La justice ne dissuade plus les délinquants et les criminels d’agir.

Les cambriolages sont une des activités criminelles les plus rentables et les moins risquées. Les condamnations sont ridicules, le plus souvent inexistantes. La culture de l’excuse permanente et la seconde chance perpétuelle installent l’impunité de fait pour les délinquants.

Tant qu’une justice répressive se fera attendre, les cambriolages ne baisseront pas. La répression ne s’arrête pas à des peines de prison. J’avais dressé un ensemble de mesures dans le Guide pratique anti-cambriolage, l’arsenal pourrait être complet et redoutable, or, il n’en est rien.

Attraper les délinquants, les forces de l’ordre savent faire. En revanche, les mettre hors circuit, c’est en principe le rôle de la justice. Ce n’est pas le cas, l’actualité est là pour nous le rappeler jour après jour.

Pour mémoire, en septembre dernier j’avais envoyé une lettre ouverte à plus de 50 personnalités politiques dont le Président de la République, le Premier Ministre, le Ministre de l’Intérieur et la Ministre de la Justice. Les trois premiers ont répondu, pas Madame Belloubet sans doute trop occupée à jouer les équipementiers téléphoniques dans les prisons françaises…

Mais alors, il n’y a rien à faire pour se protéger des cambriolages ?

Si, bien au contraire. A commencer par cesser de compter sur les autres et, en particulier, sur l’Etat. Lui confier 100% de votre sécurité relève de l’inconscience.

Quand vous savez que près de 500 détenus radicalisés sortiront de prison jusqu’en 2019, ça en dit long sur la capacité de l’Etat à tenir éloignés de la société des nuisibles. Madame Belloubet, toujours elle, déclarait « Nous anticipons leur sortie et nous les suivons de manière extrêmement précise ». Sans doute bénéficieront-ils du même suivi que l’assassin du Père Hamel. Tout ça pour dire que si l’Etat réserve le meilleur traitement à ce genre de dangereux criminels, qu’en est-il d’un « simple » cambrioleur ? Croire que l’Etat veille sur vous est la pire des erreurs à commettre.

Le besoin de sécuriser son logement et sa famille relève d’une prise de conscience individuelle. Tout attendre de l’Etat et des autres crée une société d’assistés, dépendant de l’Etat-parent comme le serait un enfant.

Prendre conscience, s’informer et agir sont les clés pour se protéger. L’objectif d’une protection de domicile consiste à multiplier les obstacles dans la progression du voleur pour le décourager et le forcer à aller voir ailleurs et, dans certain cas, éviter une confrontation physique à l’issue incertaine. Car on a tendance à vite oublier que le risque principal d’un cambriolage est d’ordre physique. Personne ne le dit et personne ne veut l’entendre car ça fait peur. La réalité est effrayante ; l’ignorer en adoptant la politique de l’autruche n’est pas une solution.

Conclusion : OTV, entre méthode Coué et désinformation

L’OTV est l’illustration parfaite du mensonge d’Etat.

Cette opération tente de dissimuler l’inaction de l’Etat voire son désintérêt total à protéger les citoyens des griffes des criminels. C’est une opération marketing bon marché pour rassurer le citoyen en lui faisant croire que tout est sous contrôle. Il n’en est rien, bien sûr.

Dans cette opération, tout sonne faux :

  • Laisser croire que les cambriolages sont faibles en dehors de la période estivale
  • Etre obligé de s’inscrire à une opération afin que l’Etat daigne assurer la mission régalienne pour laquelle il est grassement payé
  • L’étendue de l’opération, laissée à l’imagination de chacun, et sans aucune garantie
  • L’impossibilité de protéger massivement les millions de logements vides en été
  • L’argumentaire fallacieux
  • Les informations de propagande pour tenter de justifier l’opération
  • La diffusion de conseils dangereux
  • Escamoter la faillite de la justice qui, par son laxisme, a créé l’impunité de fait pour les délinquants
  • La non-assistance à personne en danger en minimisant la situation, apocalyptique, des cambriolages

La situation est catastrophique et, jusqu’à présent, tout a été fait pour camoufler le rôle délétère de l’Etat. Soit il est impuissant à résoudre le problème, soit il s’en fiche éperdument, Dans le premier cas, vous payez un incapable, dans le second, un imposteur. Dans ces conditions, compter sur l’Etat pour assurer votre sécurité est suicidaire pour vous comme pour vos proches.

La prise de conscience doit être collective et durable. Tant que les cambriolages en seront réduits à quelques astuces-gadgets distillées avant les vacances, le combat sera perdu. Dans un contexte aussi favorable, les voleurs ont parfaitement raison de poursuivre leurs activités criminelles, sans risque et très rentables. L’inaction et le déni collectif associés à la mansuétude de la justice leur assurent une prospérité continue dans leurs affaires.

Pour clore cet article, une citation d’Edmund Burke :

«Pour triompher, le mal n’a besoin que de l’inaction des gens de bien.»

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Article présenté par

Entrepreneur et artisan depuis 15 ans, Laurent Criado est également fondateur du magazine leguideimmobilier.com et auteur du Guide pratique de l'achat immobilier et du Guide pratique anti-cambriolage.

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