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Interview TV Libertés

Petit écrit de rattrapage dans un monde sans stress

Crédit photo : TVLibertés

J’ai été invité à présenter mon dernier ouvrage, Le guide pratique anti-cambriolage, dans l’émission Zoom de TV Libertés.

On ne va pas tourner autour du pot, j’ai trouvé que ma prestation manquait de peps. J’étais assez stressé, pour des raisons personnelles, et le constat est évident : je suis loin d’avoir la prestance d’un Gilbert Collard ou d’un Alain Marsaud ! Toutefois, sommes-nous en train de juger ma prestation pour un éventuel futur Oscar ou mon travail sur le fond ?

Si quelques commentaires font état de ce manque de peps, ils laissent aussi entendre que mon livre ne vaudrait pas tripette. Si nous sommes d’accord sur le premier point, sur la qualité de mon livre en revanche, c’est un jugement de valeur qui n’engage que ceux qui y croient ! Comment une personne n’ayant pas lu mon livre peut-elle en conclure qu’il ne vaut rien ? A vous de juger.

Des auteurs qui ne sont pas à l’aise lors de leurs premières apparitions sur un plateau TV, il y en a beaucoup. Alors, oui, un auteur est supposé donner envie qu’on s’intéresse à son travail en proposant une prestation TV impeccable. Oui, j’aurais pu mieux gérer mon stress, assez palpable. Non, je ne suis pas un habitué des plateaux TV. Mais j’ai appris une chose ce jour-là. Je me sens plus à l’aise en face de plusieurs intervenants comme lorsque j’étais l’invité d’Emilie Tardif ou de Julien Courbet. L’exercice me convient mieux et le sujet mérite différents sons de cloches, y compris de contradicteurs purs et durs. Pourquoi pas un Bistrot Libertés sur ce thème ou un plateau chez Pascal Praud ?

Pour en revenir à mon livre, sachez que c’est loin d’être un recueil d’astuces ou de conseils de bon sens. J’ai travaillé dessus pendant 18 mois. J’ai enquêté, analysé une masse d’informations et de rapports considérables, interrogé les experts de la sécurité, des membres des forces de l’ordre et, également, des victimes. J’ai apporté mon expérience sur les équipements de sécurité pour que l’ouvrage couvre la globalité du fléau des cambriolages.

C’est un ouvrage complet, objectif, dans lequel je ne fais la publicité d’aucune marque ou d’aucune corporation, je dis les choses telles qu’elles sont, sans fard. Les conseils que j’y donne sont 100% concrets. Ce n’est ni un roman ni un livre de poésies. C’est un ouvrage tout ce qu’il y a de plus pratique et réaliste. Bref, tout ça pour dire que c’est un sujet que je maîtrise sur le bout des doigts et que le fruit de cette connaissance, de ce travail titanesque, Le guide pratique anti-cambriolage, devrait en aider plus d’un à se protéger et à emmerder un peu les cambrioleurs.

Comme j’ai la possibilité de rejouer l’interview ici, j’ai repris les questions de Thibaut et apporté des réponses par écrit, pour vous offrir une autre partition, celle que j’aurais interprétée, sans stress et si je pouvais refaire l’histoire. Parce que ce sujet est un défi sécuritaire national et qu’il mérite, à ce titre, toute votre attention.

Merci.

Comment vous est venue l’idée d’aborder le sujet des cambriolages ?

C’est un sujet qui m’interpelle depuis longtemps. J’y suis d’autant plus sensible que tout le monde est devenu une cible potentielle pour les malfrats. Il faut bien comprendre une chose, le vol traditionnel (braquage de banques, racket auprès des commerçants, etc.) a vécu et les mafias ont dû faire évoluer leurs activités en s’adaptant aux mutations touchant au monde de la criminalité. Si la population est informée du risque de cybercriminalité (hacking des sites marchands, fraudes à la carte bancaire, notamment), tout le monde n’est pas au fait des réels dangers posés par les cambriolages, loin de là ! Parce qu’aujourd’hui, quand vous taillez le bout de gras avec un ami, ou un proche en général, que vous rétorque-t-il au sujet des cambriolages ? Qu’il est assuré contre le vol, qu’il a posé une caméra de surveillance ou, plus naïvement, qu’il n’a rien à voler, parfois même sur un ton badin. Mais il vous confie aussi connaître un voisin ou un proche qui ont été cambriolés, une ou plusieurs fois…

Finalement, peu de personnes réalisent que le principal risque d’un cambriolage est moins d’ordre financier que d’ordre physique. Combien de cambriolages nocturnes, avec séquestration et séance de tortures au programme dénombre-t-on en France chaque année ? Entre mille et plusieurs milliers. Et il faut voir à quel point certaines bandes criminelles se montrent imaginatives en matière de cruauté ! Quand on parle de torture, on parle de victimes ébouillantées, brûlées, découpées… C’est difficile à imaginer parce que ça dépasse l’entendement. Et pourtant, ça arrive, chaque semaine. Et que cherchent les criminels ? A dérober une carte bancaire avec son code secret. Ou un chéquier. Ou un billet de cinquante euros. Conclusion : tout le monde a quelque chose d’intéressant à voler pour une bande prête à tout. Parfois, certaines victimes sont souillées, entendez violées. C’est un fléau abominable.

Alors, j’ai pris mon bâton de pèlerin et je me suis plongé, dix-huit mois durant, dans la création de cet ouvrage, unique en son genre, afin d’alerter la population du danger qui la guette et, surtout, lui fournir les clés pour s’en prémunir au mieux. J’ai brassé une quantité énorme de documents, rencontré des experts en sécurité, décortiqué les contrats d’assurances, discuté avec des victimes et ainsi de suite jusqu’à obtenir un ouvrage 100% pratique qui passe au crible les systèmes de protection, les stratégies à adopter en fonction de chaque cas de figure, les assurances, les cachettes secrètes, la protection des données sensibles, etc.

Et des chiffres effarants dans votre guide notamment plus d’un million de délits en France par an et une progression entre 2011 et 2015 + 21 % : comment expliquer cette hausse qui est énorme ?

Effectivement, la hausse entre les deux périodes, 2006/2010 et 2011/2015, est de 21 % pour l’ensemble des délits touchant aux logements, à savoir les cambriolages, les tentatives, sur les résidences principales ou secondaires, ainsi que les vols sans effraction. Cela représente, depuis 2011, plus d’un million de délits chaque année, soit un délit commis toutes les 30 secondes.

Cette hausse, considérable, peut s’expliquer de deux manières. Tout d’abord, l’ouverture de l’espace Schengen, et la facilité de circulation entre les pays membres, qui rendent la délinquance internationale et très mouvante. Cela complique la traque, les procédures et les enquêtes. Cette problématique est d’ailleurs soulignée dans le rapport du Groupe de diagnostic stratégique n°2  de juin 2015, de l’INHESJ. Le fléau des cambriolages touche toute l’Europe, pas seulement notre pays.

Ensuite, il y a la question de l’attractivité des cambriolages. Aujourd’hui, quelle activité criminelle présente un tel potentiel de gains moyennant un risque physique et judiciaire aussi faible ? Le risque pour un cambrioleur, ou un groupe de cambrioleurs, de prendre une balle chez un particulier est, dans les faits, proche de zéro. Quant au risque d’être lourdement condamné, là, ça relève de la science-fiction. Il faut savoir que le principe de seconde chance, en France, est accordé des dizaines de fois dans la pratique.

Bref, la facilité de circulation au sein de l’espace Schengen a créé un appel d’air et l’impunité de fait dont jouissent les voleurs a été l’étincelle. Les deux réunis ont provoqué cet embrasement, les mafias s’engouffrant dans ce filon qui est, de leur point de vue, l’opportunité de repenser leur modèle économique si j’ose dire.

Donc ce sont des délits totalement organisés ?

Les cambriolages observent de plus en plus une logique industrielle nécessitant une organisation structurée, notamment au niveau des « ressources humaines », ici, les cambrioleurs. Qui en dehors des réseaux mafieux peut monter ce type de structure ? L’image du gentleman cambrioleur agissant seul est de moins en moins vraie. Si vous voulez du romanesque, replongez-vous dans Arsène Lupin. La réalité n’est pas aussi fraîche et agréable, c’est un euphémisme.

Un autre aspect qui montre bien la solide organisation des réseaux criminels est l’exploitation de la faille juridique existant en France, à savoir la délinquance des mineurs. La loi les protégeant n’est plus du tout adaptée à notre époque et surtout à cette forme de délinquance. Les mineurs sont envoyés en première ligne par les mafias pour commettre les délits car, concrètement, ils ne risquent pas grand-chose. Souvent présentés comme mineurs isolés, ils sont arrêtés par la police et relâchés dans la foulée. Et ils recommencent, inlassablement. C’est ainsi qu’à Rennes un mineur fut arrêté et relâché tous les jours pendant une semaine ! On marche sur la tête. Nous faisons face à un problème inédit qu’il faudra régler car le ras-le-bol est palpable. Même le Procureur de la république de Nantes reconnaît son impuissance face à cette délinquance. Cet aveu d’impuissance est grave et en dit long sur l’inefficacité de notre justice.

Vous parliez de l’espace Schengen il y a quelques instants, ce sont donc des réseaux étrangers qui viennent sévir en France ?

Effectivement, il y a des réseaux étrangers qui sévissent en France. Soit en étant localement ancrés, entendez avec des équipes sur place, soit en se livrant à de véritables raids. Un raid, c’est une mission éclair consistant à envoyer des équipes, depuis un pays étranger, dans le but de commettre des dizaines de cambriolages sur un territoire donné, en un minimum de temps, un à trois jours, en règle générale. Une fois la mission accomplie, les équipes regagnent leurs bases étrangères.

Cette délinquance étrangère n’est pas la seule, mais elle s’est beaucoup développée et donne beaucoup de fil à retordre aux forces de l’ordre. Cette mobilité complique les investigations des forces de l’ordre et lorsqu’une équipe tombe elle est aussitôt remplacée par une autre. C’est un véritable casse-tête qui démotive les troupes les plus aguerries.

Des solutions, pourtant, il y en a. A commencer par plus de coopération internationale et des sanctions dissuasives comme, par exemple, la saisie de tous les biens dans les pays d’origine et l’exécution de peines de prison dans ces pays plutôt qu’ici. Et, pourquoi pas, une interdiction à vie de territoire. Si la loi ne permet pas de développer de telles mesures, c’est qu’elle n’est plus adaptée aux réalités de notre époque. Au législateur de la faire évoluer, c’est son boulot après tout. C’est pour ça qu’on le paie. J’évoque plusieurs pistes possibles en fin d’ouvrage. Certaines sont axées sur la prévention quand d’autres jouent la carte de la répression. Il appartient aux décideurs de se montrer créatifs et de pousser la justice à faire son boulot. Un juge est là pour réparer un dommage subi, pas pour jouer les nounous ou les psychanalystes.

Une habitation visitée toutes les 30 secondes en France. Comment expliquez-vous cette explosion du fléau des cambriolages, notamment dans les zones à proximité des grandes villes comme vous l’indiquez dans le guide anti-cambriolage ?

Un délit commis toutes les trente secondes… Affolant, n’est-ce pas ? Une statistique qui, pourtant, reflète mal une réalité, celle des drames humains qui se jouent semaine après semaine.

Car, comme je l’ai déjà mentionné, la tendance est au cambriolage ultra violent. Certains cambriolages ressemblent à s’y méprendre à du Tarantino !

Il n’y a pas de cible géographique préférentielle pour ces barbares. En milieu citadin ou rural, plus personne n’est à l’abri. A ceux qui pensent qu’ils n’ont rien à voler, je dirai que les voleurs n’en savent rien, d’une part, et que, dans les faits, ils ont probablement un ou deux billets qui traînent et/ou une carte bancaire, d’autre part. Je dirai également, et je sais que c’est assez effrayant, que nombre de tortionnaires prennent un plaisir sadique à torturer. On ne brûle pas quelqu’un au fer à souder ou au chalumeau sans avoir un grave problème psychiatrique ! Jetez un œil à ma revue hebdomadaire sur le site leguideimmobilier.com et jugez par vous-même. Je suis obligé de trier l’information tant elle foisonne. C’est sinistre, mais c’est ainsi : tout le monde peut être touché. De cette façon, vous donnerez quelque perspective à cette statistique qui, bien que déjà inquiétante en soi, est finalement assez abstraite.

Est-ce que, justement, pour dissuader ces éventuels cambrioleurs, il y a un manque de prévention au niveau des habitants ?

Ca me semble évident.

Au niveau étatique, on s’efforce de minimiser, pour ne pas dire étouffer, le problème. Le joli message marketing est que la délinquance baisse, que tout est sous contrôle. Or, ce n’est pas du tout le cas. La situation est catastrophique et, il faut bien le dire, explosive. Les dirigeants jouent avec le feu en n’assumant pas leurs responsabilités.

Au niveau citoyen, nombreux sont ceux qui versent dans le déni de réalité pour des raisons qui les regardent. Cela les stresse d’y penser, ils estiment qu’ils n’ont rien à voler, qu’ils sont bien assurés, ils prennent ça à la rigolade, ils pensent que ça n’arrive qu’aux autres, etc.

D’autres, au contraire, pensent en savoir suffisamment sur le sujet, se sentent à l’abri et pêchent peut-être par excès d’orgueil.

Dans les deux cas, la stratégie pour se protéger n’est pas bancale, elle est carrément inexistante. Sécuriser son domicile, sa famille, mettre en place des mesures de protection, cela va au-delà du simple bon sens et au-delà de simples astuces. Résumer la résolution du problème des cambriolages à des astuces pour gogos, c’est on ne peut plus caricatural et, n’ayons pas peur des mots, prendre les gens pour des cons.

C’est pourquoi, dans mon livre, j’apporte des solutions concrètes et réalistes à un public le plus large possible, professionnel ou novice. Tout le monde a quelque chose à apprendre, vous comme moi, simple question d’humilité.

Les citoyens doivent prendre conscience de l’ampleur de la catastrophe et agir en conséquence. Un problème n’a jamais disparu parce qu’on refuse de le voir. La pensée magique, ça n’existe pas.

Pour justement prévenir un éventuel danger, un éventuel cambriolage, il y a donc un travail personnel à effectuer mais également avec son voisinage ?

Tout à fait. C’est d’abord en agissant au niveau personnel que vous pourrez vous protéger. Selon le sondage Budget Maison de mai 2017, 68% des Français vivent dans la crainte d’être cambriolés. Un autre sondage, réalisé par Fiducial/Odoxa en septembre 2017 précise que 69 % des Français ne font pas confiance au gouvernement pour résoudre le problème de la délinquance. Cela ressemble fortement à une impasse et la seule personne sur laquelle vous pouvez compter pour vous protéger des cambriolages, c’est vous, finalement. Parce que vous allez prendre conscience du danger, vous informer et agir avec intelligence. Mon livre vous accompagne dans ces trois phases.

Une fois que vous en savez assez sur le sujet, l’entraide entre voisins peut se révéler une solution efficace dans la lutte contre les cambriolages.

Comment peut intervenir cette prise de conscience ?

Chaque personne doit prendre conscience qu’elle est une cible potentielle. Peut-être pas aujourd’hui. Peut-être pas demain. Mais les criminels cherchent constamment de nouvelles proies. Cette nuit, une personne peut être tirée de son lit par plusieurs individus qui vont la ligoter et la torturer. Peut-être que la menace pèsera aussi sur sa famille. Cessez de croire qu’un cambriolage violent n’arrive qu’aux autres et, surtout, ne prenez plus ce sujet à la légère. Car perdre la vie ou rester traumatisé ou handicapé à vie, c’est tout sauf une partie de plaisir. C’est pourtant ce qui arrive à des milliers de personnes chaque année.

Le meilleur moyen de se prémunir de ce type de traumatisme est d’éviter les situations à risque, en se protégeant, en suivant une méthode qui ne laisse rien au hasard. L’objectif d’une sécurisation est de décourager le voleur pour qu’il ne s’en prenne pas à vous et le pousser à aller voir ailleurs. Ce n’est sans doute pas fair-play pour le voisinage, mais vous devez penser à vous et à vos proches en premier lieu. En parallèle, nouez des relations avec vos voisins et informez-les. Aidez-les à leur tour à créer des conditions difficiles pour les voleurs. C’est toute la substance de mon ouvrage.

Est-ce qu’il y a un profil type de cambrioleurs ?

On peut en distinguer trois.

Le premier est le voleur opportuniste. Il évolue dans le domaine de la « petite » délinquance et le cambriolage est un moyen comme un autre de se faire de l’argent facile. Il profitera d’une porte ou d’une fenêtre ouverte pour saisir sa chance et vous voler. Il y a aussi toutes les personnes dépendantes, notamment les drogués, qui financent leur consommation au gré de leurs larcins. Ces derniers peuvent être dangereux en raison de leur caractère hautement imprévisible.

Le deuxième est le voleur traditionnel, à l’ancienne. Il se concentre plutôt sur des cibles à fort potentiel. Le cambriolage est son activité principale, il est souvent assez bien formé et équipé.

Les troisièmes sont les réseaux mafieux. Ils sont parfaitement organisés, toutes les phases d’un cambriolage sont bien compartimentées, à savoir le repérage, le vol, le recel et ils exploitent à fond la faille de la délinquance des mineurs et jouent souvent avec les traversées de frontières pour compliquer les investigations et les procédures. Ce sont eux qui industrialisent les cambriolages. Ils doivent commettre beaucoup de forfaits pour atteindre une certaine rentabilité.

Des mesures possibles, on parle donc de trois types de cambrioleurs et au niveau des victimes également il y a des profils qui se distinguent ?

Au-delà des statistiques et des probabilités, il faut surtout prendre conscience que tout le monde est une cible potentielle, je ne le répéterai jamais assez. Les voleurs n’épargnent personne. Que vous soyez riche ou pauvre, jeune ou vieux, homme ou femme, hipster ou fier montagnard, ce fléau touche tout le monde, sans distinction.

Le profil d’une victime est assez simple à définir, c’est monsieur et madame tout le monde.

Après… Certains criminels sont spécialisés dans l’agression de personnes fragiles, comme les personnes âgées ou les femmes isolées. Soit en employant la violence, soit en jouant la carte de la ruse. C’est pour cette raison que, dans mon livre, j’explore à fond les scénarios de vols par ruse en détaillant les parades. Montrez à vos parents ou grands-parents comment agir avec efficacité, c’est une question de solidarité intergénérationnelle.

Alors, ils s’acharnent sur les habitations, mais vous évoquez aussi un chiffre effarant, c’est qu’un cambriolage sur trois le propriétaire ou le locataire est présent lors du cambriolage ?

Effectivement, le fait que vous soyez présent ou pas, n’est pas un facteur de renoncement du point de vue des voleurs. Cela peut même devenir un facteur déclenchant, notamment dans les cas de cambriolages violents où votre présence est l’objectif.

Dans ce cas précis, la fausse idée du « je n’ai rien à voler », vole en éclats car tout le monde ou presque possède une carte bancaire. C’est effrayant, mais la réalité est ainsi faite. Les criminels, peut-on encore parler de simples cambrioleurs, ont bien compris cette possibilité de se faire beaucoup d’argent avec les cartes bancaires. Et que risquent-ils ? Pas grand-chose au regard du mal qu’ils répandent et du laxisme judiciaire.

Une escalade de la violence, pour des butins parfois très maigres ?

Eh oui. C’est là que se situe le risque numéro un, le plus mal compris. C’est que vous n’avez pas besoin d’être fortuné pour être passé à tabac. Dans le cas d’une séquestration et d’une séance de torture à dessein d’obtenir un code de carte bancaire, le préjudice financier ne sera jamais très élevé. En revanche, le traumatisme, lui, est indélébile.

Des gangs ont comme mode opératoire l’ultra violence. Ils ne connaissent que ça. Je me répète, mais le cambriolage qui se passe bien, ça n’existe pas ailleurs que dans l’esprit de certains journalistes. Je bondis quand je vois certains titres de journaux insister sur un cambriolage avec homicide qui aurait mal tourné. C’est quoi un cambriolage qui tourne bien ? Etre torturé ou mourir à cause d’un cambriolage, c’est malheureusement une possibilité. Pour un maigre butin ou pour rien.

C’est la raison pour laquelle les cambriolages ne sont ni un sujet rigolo ni un problème qui se règle à grands renforts d’astuces et de gadgets.

Est-ce que le risque zéro existe ?

Nous évoluons dans le domaine de la sécurité et, dans ce cas, le risque zéro n’existe pas, même si on peut s’en approcher.

C’est justement en vous informant et en vous préparant que vous prenez l’avantage sur le voleur. En vous protégeant, en étant vigilant, vous devenez une proie compliquée. Dans la plupart des cas, le voleur préfèrera renoncer et passer à la proie suivante, plus facile.

On va essayer de rassurer nos téléspectateurs. Selon une étude, le nombre de cambriolages a baissé en 2016. Est-ce qu’on est sur la bonne voie ?

Je ne pense pas qu’on puisse les rassurer grâce aux chiffres d’une baisse éventuelle des cambriolages. Déjà, il faut savoir de quels chiffres on parle. Il y a tellement de segmentations dans les statistiques que l’on se trouve dans le même cas de figure que le chômage et ses chiffres officiels. La communication officielle porte sur une seule catégorie pour se targuer d’une éventuelle baisse.

En début d’année 2017, Bruno Le Roux, alors ministre de l’Intérieur parlait d’une hausse sensible des cambriolages de 4% pour l’année 2016. Je préfère appréhender le problème d’une manière globale et comptabiliser tous les délits touchant aux logements. Un délit catégoriel est un délit catégoriel, n’en déplaise au ministre de l’Intérieur.

Si j’ai un conseil à donner aux téléspectateurs, c’est le suivant. Ne vous bercez pas plus d’illusion en la matière que vous ne le feriez en matière de recherche d’emploi ou de sécurité routière. Faites le nécessaire pour vous protéger vous et votre famille, lisez et suivez les conseils prodigués dans mon ouvrage parce que vos vies valent plus qu’une vingtaine d’euros.

Dans la deuxième partie du guide anti-cambriolage, vous proposez un certain nombre de mesures pour prévenir un éventuel cambriolage et il y a une prévention qui m’a particulièrement marqué, c’est dans un jardin, placer une niche alors qu’on n’a pas forcément de chien pour intimider un éventuel cambrioleur ?

Oui, il s’agit d’un leurre parmi d’autres qui s’inscrit dans une stratégie globale, contextuelle. Utilisé seul, il perd de son efficacité et n’a plus aucun sens. Comme j’aime ce qui est concret et efficace et que je suis bien conscient que tout le monde n’a ni les moyens ni la liberté, je pense aux locataires, d’acquérir certains dispositifs plus ou moins coûteux, j’ai imaginé un volet petits budgets et locataires dans mon ouvrage. Car, je le redis, tout le monde est une cible potentielle.

En matière de protection, j’apprends au lecteur à faire preuve de discernement et à concevoir une stratégie découpée en trois zones de progression du voleur, discrètement et dans le respect de la loi. Cette mesure que vous évoquez est une option parmi des centaines d’autres afin de créer un doute dans l’esprit d’un voleur. Heureusement, l’ouvrage ne se résume pas à ça.

Ou alors programmer sa télé pour également qu’il y ait du bruit ?

Simuler une présence est une possibilité, mais nous l’avons vu, ce n’est pas forcément un facteur dissuasif. Il faut élaborer sa stratégie d’une manière globale, sinon elle ne vaut rien. Là encore, mon ouvrage offre cet angle stratégique. Si je renvoie constamment à mon livre, c’est tout simplement parce que je le vois comme un vaccin face à ce fléau. Compter sur les forces de l’ordre, la justice ou sur les politiques relève de l’inconscience. Les forces de l’ordre ne peuvent pas être partout en même temps. La justice pratique la politique de l’excuse permanente. Et les politiques invitent les citoyens à prendre en charge leur propre sécurité sans leur fournir un cadre légal recevable.

Alors, pour préparer cette interview, j’ai également visité votre site et vous avez envoyé une lettre ouverte aux politiques, qu’y a-t-il justement dans cette lettre, est-ce que vous pouvez expliquer à nos téléspectateurs ce qu’il y a dedans ?

C’était une lettre adressée à certains politiques, tous partis confondus, aux membres du gouvernement, au président de la République et qui avait pour but de mettre les cambriolages dans le débat public. Elle a été envoyée à 53 personnes et j’ai obtenu 7 réponses !

On ne peut pas dire qu’il y a eu un réel engouement autour de ce thème. Le bilan n’est pas catastrophique, la lettre sera-t-elle suivie d’effet ? J’aimerais que ce soit le cas, malheureusement, je ne fonde pas trop d’espoir sur ce point.

Dans la lettre, à découvrir sur mon site, je questionne les 53 personnalités politiques sur un certain nombre de points. Par exemple, sur la délinquance des mineurs. Pourquoi n’y a-t-il aucun débat, aucune préparation d’une nouvelle loi pour réformer l’impunité des mineurs délinquants ?

C’est la raison pour laquelle il faut arrêter d’attendre des solutions de l’Etat pour tout et se prendre en charge en s’informant et en agissant pour sa propre sécurité.

Vous proposez donc une condamnation pour les mineurs délinquants ?

La condamnation des mineurs à de la prison n’est sans doute pas la solution. C’est à l’ensemble des acteurs de la chaîne judiciaire de travailler sur des sanctions qui soient déjà dissuasives et efficaces. Dans mon livre, je préconise d’impliquer beaucoup plus la famille des mineurs avec, par exemple, des sanctions financières par le biais de retraits d’aides sociales, d’accès à des logements, de présentation à des concours ou à des emplois publics. Ce qu’il faut, c’est que chaque acte délictueux soit lourd de conséquences.

En tarissant la source des délinquants mineurs, on travaille pour un futur paisible. Ce ne sera pas forcément visible tout de suite dans les statistiques, mais à long terme, un gamin qui ne met pas les pieds dans la délinquance, c’est une victoire et un probable criminel majeur en moins.

Vous proposez donc une incitation fiscale, c’est ce qui se passe en Allemagne, dans cette lettre ouverte. En quoi consiste cette incitation fiscale ? Acheter du matériel pour protéger votre habitat et vous aurez une petite ristourne fiscale ?

Effectivement, en Allemagne, les ménages bénéficient d’une incitation fiscale lorsqu’ils s’équipent de matériel de protection pour leur logement. En France, il existe des aides pour tout et n’importe quoi, et pour un sujet aussi grave que les cambriolages et la sécurité il n’y a rien ? Vous trouvez ça normal ?

Pouvoir s’équiper d’une alarme, d’une porte, de volets, de fenêtres sécurisées, ça devrait être une priorité pour l’Etat. Parce que le coût de l’insécurité est certainement plus élevé que celui de la sécurité des ménages. Surtout qu’on peut très bien travailler sur l’existant en joignant l’utile, la sécurité, à l’agréable, le confort thermique. Donc, finalement, le coût ne serait peut-être pas si élevé, c’est une piste à étudier parmi d’autres, toujours dans la perspective où l’Etat ne remplit plus cette fonction régalienne pour laquelle il est en principe payé.

La législation française n’est pas bonne ?

La législation est certainement adaptée à la résolution d’une grande partie du problème. Le Code pénal permet d’appliquer des sanctions justes, dans l’intérêt exclusif des victimes.

Dans les faits, je le vois quand je rédige ma revue de presse hebdomadaire sur les cambriolages, les peines infligées confinent au ridicule. Vous risquez sans doute plus gros en cas de fort excès de vitesse. Je n’encourage pas les excès de vitesse, mais il n’y a pas de gradualité dans les peines. Un auteur multirécidiviste de vols, d’agressions, qui a été condamné 10, 20, 30 fois ou plus, à un moment donné, il faut se dire qu’il n’apporte rien à la société, hormis des problèmes de sécurité.

Une condamnation systématique en cas de cambriolage, même en cas de primo-délinquance, devrait pouvoir s’appliquer. Elle participerait de l’arsenal dissuasif. Un juge pourrait alourdir une peine mais un auteur devrait être condamné à une peine plancher dès son premier délit. Dans les faits, la justice n’est pas prise au sérieux, elle ne fait plus peur aux criminels endurcis qui n’hésitent plus à se payer la tête des juges pendant leurs procès. Et que fait la justice ? En prend-elle ombrage ? Non. La dissuasion de passer à l’acte n’existe plus, c’est factuel. Chaque jugement laxiste est une invitation à continuer l’entreprise criminelle.

Justement, par rapport à la police de sécurité du quotidien, ce sera ma dernière question, est-ce que vous pensez que c’est une bonne chose, ça peut avoir une réelle incidence sur les cambriolages ?

Comme pour beaucoup d’annonces gouvernementales, on a droit au show, à la mise en scène, à la communication mais, dans le concret, pour obtenir les détails, c’est la croix et la bannière. Ici, que sait-on dans les grandes lignes ? Très vaguement qu’à partir de 2018, il va y avoir des expérimentations. De quel ordre ? Mystère. Je ne vais pas préjuger de mesures que je ne connais pas encore, alors soyons patients.

Ce qui me gêne, c’est que le problème n’est pas considéré comme un tout insécable. Le ministre de l’Intérieur devrait travailler main dans la main avec son homologue chargé de la justice. Ce n’est pas le cas.

Sur la forme, parvenir à créer un acronyme dans lequel les lettres P et Q sont réunies, je pense qu’il y a mieux pour restaurer l’image de la police, son autorité et celle de l’Etat.

Conclusion

Merci aux équipes de TV Libertés pour cette invitation et d’avoir ouvert le débat autour des cambriolages. D’autres médias, qu’on pourrait imaginer sensibles à cette thématique n’abordent pas ce sujet ou le font sans proposer de solutions hormis les éternelles astuces et autres ficelles de bon sens…

Les cambriolages ne sont pas une fatalité. Jusqu’à présent, rien de sérieux n’a été entrepris, c’est un fait. Avec mon guide, vous avez la possibilité de passer à l’action, au niveau individuel, puis collectif en mobilisant votre entourage.

Gardez à l’esprit que le plus gros risque d’un cambriolage concerne votre intégrité physique. L’objectif de mon guide est de laisser les voleurs dehors pour vous éviter l’épreuve d’être tiré de votre lit en pleine nuit avec toutes les réjouissances qui s’ensuivent.

Il n’est jamais trop tôt pour agir. N’oubliez pas que les réveillons des 24 et 31 décembre sont des moments noirs pour les cambriolages, alors prudence.

Et pour ceux qui veulent visionner l’émission, c’est par ici.

Je vous souhaite à toutes et à tous un excellent réveillon !

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Entrepreneur et artisan depuis 15 ans, Laurent Criado est également fondateur du magazine leguideimmobilier.com et auteur du Guide pratique de l'achat immobilier et du Guide pratique anti-cambriolage.

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